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"Horum omnium fortissimi sunt Belgae"
De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves

 
Blog d'Olivier Nolet de Brauwere,
Héraldiste et Généalogiste
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FEUX DE LA SAINT-JEAN

  ... OU FEUX SACRES DE LA BELTAINE

(par l'auteur du blog).



« Les Irlandais l’appellent Bealteine, le jour du feu de Beal ou Baal ». Elle a été remplacée par la saint-Jean-Baptiste : « Deux fêtes lui sont consacrées dans le catholicisme : le 24 juin qui commémore sa naissance, fixée six mois avant Noël (conforme au calendrier du culte de Mithra) pour se conformer au récit d'enfance de l'Évangile selon Luc. Dans les livres anciens, on parle des « réjouissances qui se font la veille de la saint-Jean-Baptiste », donc dans la soirée du 23 juin. 

Cela devait plutôt dépendre de la pleine lune chez les celtes dont le calendrier était lunaire, et au lever de la pleine lune du mois de mai puis aux environs du solstice à la pleine lune du mois de juin. « Beltaine, c’est le passage de la saison sombre à la saison claire, avec tous les changements que cela implique : reprise de la chasse, de la guerre, des razzias, des conquêtes pour les guerriers, début des travaux agraires et champêtres pour les agriculteurs et les éleveurs ».

« Nous savons qu’aux Palilies ou fêtes de Palès, divinité des pasteurs, l’on allumait des feux dans la campagne, et l’on formait des danses à l’entour. On en faisait faire pareillement le tour aux troupeaux, pour les préserver du loup et des maladies contagieuses. La fête était terminée par de grands feux que les jeunes prêtres, non moins dévôts, s’efforçaient de franchir à l’envi. Ce pourrait être les sources de ceux qui ont lieu à la Saint-Jean et à la Saint-Pierre[1] ».

« Chez les orientaux, l’année commençait au solstice d’été. Des feux sacrés qu’ils allumaient à minuit figuraient par leur flamme le renouvellement de leur année. On dansait autour du bûcher, les plus agiles sautaient par-dessus, et en se retirant chacun s’emparait d’un tison. Le reste était jeté au vent pour qu’il emportât les malheurs, comme il dissipait les cendres. Plus tard, ces feux furent continués (…) à la Saint-Jean et encore à la Saint-Pierre[2] ».

« Dans tous les villages où l’on fait le feu de la Saint-Jean, on plante sur le bûcher un jeune arbre, que l’on tire des flammes tout embrasé, et dont on se dispute les branches (tisons) ; les bonnes gens les gardent chez eux, comme des reliques. Celui qui a le tronc de l’arbre, qu’il ne peut acquérir qu’à coups de poing, est assuré d’avoir toute l’année la bénédiction d’en haut sur sa famille et sur ses biens[3] ».

« En 1634, à Quimper en Bretagne, les habitants mettaient encore des sièges auprès des feux de joie de la Saint-Jean, pour que leurs parents morts pussent en jouir à leur aise. – On réserve, en Bretagne, un tison de feu de la Saint-Jean pour se préserver du tonnerre (Belenos était le dieu du tonnerre). Les filles, pour être sûres de se marier dans l’année, sont obligées de danser autour de neuf feux de joie dans cette même nuit : ce qui n’est pas difficile, car ces feux sont tellement multipliés dans la campagne, qu’elle paraît illuminée[4] ». 

(…) « feux sacrés allumés à minuit, au moment du solstice, qui figuraient, par cette flamme, le renouvellement de leur année. Ces feux de joie étaient accompagnés de vœux et de sacrifices pour la prospérité des biens de la terre. On dansait autour de ces feux ; les plus agiles sautaient par-dessus. (…) En quelques endroits, on y vient processionnellement chanter des hymnes et faire des prières. Les paysans prient aussi en faisant trois fois le tour du feu qu’ils ont allumé près du hameau. La flamme qu’ils ont franchie par trois fois, a, disent-ils, la vertu de les préserver de certaines gerçures aux pieds (posant problème lors des moissons). C’est du reste de l’ancienne opinion que le feu purifie tout. Omnia purgat edax ignis, dit Ovide »[5]

« Dans le canton de Gençay (par M. Nicollas, de Magné) (…) "Nous étions arrivés à la veille de la Saint-Jean ; à l’approche de la nuit, mes domestiques (…) dressèrent un feu de joie avec quelques fagots de branches ; chacun d’eux avait à la main droite un rameau de noyer recueilli dès le matin avant le lever du soleil, et à la main gauche une petite pierre ; la procession était conduite par le plus âgé. Après avoir mis le feu au bûcher, ils en firent trois fois le tour dans un silence religieux, et en priant mentalement ; de temps à autre ils passaient dans les flammes les rameaux qu’ils tenaient à la main droite. Les trois tours achevés, le chef de la procession posa devant le feu la petite pierre qu’il avait dans la main gauche et se mit à genoux dessus ; chacun des assistants l’imita et, après quelques prières mentales, chacun se leva et plaça plus près du feu sa petite pierre (ils appellent cette pierre leur tombe). La bonne Vierge devait venir s’y reposer pendant la nuit.
      Oh ! alors commença un spectacle curieux : les uns s’assirent sur la terre le dos au feu pour se préserver des maux de reins pendant la moisson ; d’autres prenaient entre leurs dents les noix grillées de leurs rameaux et les jetaient par-dessus leur tête. O grande puissance de ce remède ! Le tour de force, en se renouvelant tous les ans, les préservait du mal de dents.
     Ils portèrent ensuite leurs rameaux sur les portes de la maison et des étables et sur le fumier ; les rameaux placés aux portes des maisons et des étables les gardent du tonnerre, et ceux plantés sur le fumier lui donnent une bien grande valeur, puisque des cultivateurs passent toute la nuit sur leur fumier, armés d’un fusil, pour empêcher un voisin malveillant de venir enlever leur rameau. Et le croiriez-vous, Messieurs, si vous enleviez le rameau de votre voisin, et si vous le placiez sur votre fumier, il s’augmenterait de toute la bonté de celui du voisin qui perdrait toute sa valeur.
Dans quelques localités, on est dans l’usage de recueillir les cendres du feu de joie pour les mêler à la chaux que l’on met dans les semences du blé, pour le préserver de la carie[6] ». 

On jette aussi des pierres dans le feu pour chasser les loups-garoux et les sorciers. « Les Irlandais l’appellent Bealteine, le jour du feu de Beal ou Baal. Chez les Chartrains comme chez les celtes, les jeunes fiancés doivent passer à travers les flammes. Les brandons de la Saint-Jean consumés, chaque famille emporte un tison et le place sous son lit. C’est un préservatif contre la foudre (Baal, le dieu du tonnerre). A la maison, quand on allume le feu, on fait toujours une prière ou un souhait pieux[7] ».

Les tisons sont un préservatif contre la foudre «surtout lorsqu’on les tire de leur cachette au moment des orages, en prononçant certaines paroles : « Tison de Saint-Jean et de Saint-Pierre, Garde-nous du tonnerre ; Petit tison, tu seras orné de pavillon[8] ».

Dans le Finistère « On entend des cris de joie s’élever de toute part ; tous les promontoires, tous les rochers, toutes les montagnes brillent de mille feux allumés en plein air (…). Ces feux sont souvent allumés par les prêtres[9] (anciennement les druides), qui parcourent processionnellement les villages avec un cierge bénit (peut-être anciennement une branche de noyer, ou de gui ?). Les jeunes filles « en habit de fête » doivent visiter neuf feux dans la nuit avant de revenir au logis. Une musique bizarre, formée par la vibration de joncs attachés aux parois de bassines de cuivre, se fait entendre de toute part[10].  

(…) A Brest (…) les glacis sont couverts d’une foule d’enfans qui agitent des torches (…) en leur imprimant un mouvement de rotation. (…) En Poitou, pour célébrer la Saint-Jean,on entoure d’une bourrelet de paille une roue de charrette ; on allume le bourrelet avec un cierge bénit (anciennement un tison bénit probablement), puis l’on promène la roue enflammée (image du soleil probablement) à travers les campagnes, qu’elle fertilise, si l’on en croit les gens du pays[11] ». 

« Dans certains endroits (de Bretagne), un ange descend du clocher de la paroisse, une torche à la main, et allume le principal feu de Saint-Jean qui est formé dans le cimetière. Pendant ce temps, une musique singulière se fait entendre de toutes parts ; c’est un mélange de sons métalliques, et de vibrations d’harmonica dont rien ne peut rendre l’effet galvanique. Les paysans obtiennent cette harmonie étrange en fixant deux brins de joncs aux deux côtés d’une bassine en cuivre, dans laquelle ils ont préalablement jeté de l’eau et un trousseau de clefs. Ces joncs (enduis de résine ou de goudron ?), légèrement caressés par le doigt, produisent une vibration qui, en se communiquant aux parois du vase, à l’eau et aux clefs, forme un inexplicable mélange de note pointues et veloutées, agaçantes et assourdies, dont aucun instrument ne peut donner l’idée[12] ». 


« Parfois, lancées par des bras vigoureux, cent torches s’élèvent en même temps vers le ciel, comme des fusées flamboyantes, et retombent en secouant une ondée de braie enflammée qui grésille sur les feuilles des arbres ; on dirait une pluie d’étoiles[13] ».

« Dans beaucoup de paroisses c’est le curé lui-même qui va, processionnellement avec la croix, allumer le feu de joie préparé au milieu du bourg. A Saint-Jean du Doigt, le même office est rempli par un ange qui, au moyen d’un mécanisme fort simple, descend, un flambeau à la main, du sommet de la tour élancée, enflamme le bûcher, puis s’envole et disparaît dans les aiguilles tailladées du clocher[14] ». 

 « Dans plusieurs de nos départements on est encore dans l’usage d’allumer de grands feux la veille du jour de la Saint-Jean (…). La même coutume existait il n’y a pas bien longtemps à Paris ; on peut voir dans l’histoire du Dulaure que les rois de France se faisaient un devoir d’y assister. Et pour que rien ne manquent à la ressemblance, l’usage dans certaines villes de France, et notamment du Midi, est d’accompagner les grands feux de la Saint-Jean par des aspersions d’eau froide que les gens du peuple se prodiguent réciproquement, au milieu des risées et des trépignements de joie. Qui ne voit là un reste défiguré des lustrations sacerdotales, des mystiques ablutions de l’antiquité ? ». (…) L’ablution était un symbole cher aux anciens ; il indiquait, à la fois, l’union de l’eau et du feu, à l’époque où les bains sont nécessaires pour en tempérer les ardeurs[15] ».

« Les Bretons conservent avec un grand soin un tison du feu de la Saint-Jean. Ce tison, placé près de leur lit, entre un buis bénit, le dimanche des Rameaux, et un morceau de gâteau des Rois, les préserve, disent-ils, du tonnerre. Ils se disputent, en outre, avec beaucoup d’ardeur la couronne de fleurs qui domine le feu sacré. Ces fleurs flétries sont des talismans contre les maux du corps et les peines de l’âme ; quelques jeunes filles les portent suspendues sur leur poitrine par un fil de laine rouge, tout-puissant, comme on le sait, pour guérir les douleurs nerveuses[16] ».



[1] M. Habasque, Notions historiques sur le littoral du département des côtes-du-nord, tome second, Saint-Brieuc, 1834.
[2] M. Habasque, Notions historiques sur le littoral du département des côtes-du-nord, tome second, Saint-Brieuc, 1834.
[3]   Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy, Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuse, Volume 2, Paris, 1821, P. 31.
[4] Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy, Dictionnaire infernal ou Répertoire universel des êtres, des personnages, Paris, 1853, p. 218.
[5] Fr. Noël et M. Carpentier, Nouveau dictionnaire des origines, inventions et découvertes, t. 1, Bruxelles, 1828, p. 355.
[6] Bulletins de la société des antiquaires de l’ouest, années 1838-40, Poitiers, 1841, p. 129.
[7] L. Garreaud, Causeries sur les origines et sur le Moyen Age littéraires de la France, t. 1., Paris, 1884, p. 45.
[8] Paul Sébillot, Le Folklore de la France, t. 1., Le ciel et la terre, éd. Ligaran, 1906, §5.
[9] Les druides étaient les maîtres des 4 éléments. « Les récits insistent sur les feux allumés par les druides, prononçant des incantations magiques pendant que l’on fait passer le bétail entre ces feux, afin de le protéger des épidémies ».
[10] Emile Souvestre, Jacques Cambry, Le Finistère en 1836, Brest, 1838, p. 95.
[11] César Famin, Musée Royal de Naples peintures, bronzes et statues érotiques du cabinet secret, Paris, 1836, préface, p. VII et p. 57.
[12] Revue des deux mondes, La cornouaille, t. 3, 2e série, Paris, 1833, p. 707. « Faire résonner les chaudrons de cuivre à l'aide de joncs est une vieille tradition gallèse (pays gallo = Bretagne non bretonnante) qui se pratiquait  lors du solstice d'été. L’origine et la signification de cette pratique musicale sont confuses (Livre : «  Le chaudron magique ; une musique d’herbe et de cuivre ». Roland Becker et Laure Le Gurun). Le tirage des joncs produit des ondes sonores de basses fréquences de quelques centaines de hertz (variables selo la circonférence et la hauteur d’eau dans le chaudron) qui lorsqu’elles entrent en résonance avec le chaudron produisent des ondes stationnaires sur la « peau » de l’eau. Ces ondes forment des motifs dénommés « figures acoustiques de Chaldni ». Ces figures se forment à partir de zones du chaudron appelées « anti-nœuds ».  Ils sont au nombre de six avec l’ustensile utilisé. A certaines fréquences l’eau gicle à sa surface.
"Ailleurs, le jonc est enduit de résine ou de goudron" (...). Maurice Langlois, « Les Gestes de la Terre » éd. Cheminements, 2005, p. 193. 
[13] Eugène Cortet, Essai sur les fêtes religieuses et les traditions populaires qui s'y rattachent, Paris, 1867, p. 216.
[14] Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, T. VIII, Amiens, 1845, p. 191.
[15] César Famin, Musée Royal de Naples peintures, bronzes et statues érotiques du cabinet secret, Paris, 1836, préface, p. VII et p. 57.
[16] Emile Souvestre, Les derniers Bretons, Paris, 1836, p. 35.


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